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L’enfance politique
Verticales Février 2015
ISBN 9782070148035
1 vol. (169 p.) ; 21 cm, 19 €

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Résumé

D’emblée, la situation pourrait se résumer au huis clos d’une famille réduite à sa plus simple expression, un couple fusionnel mère-fille. A ceci près que la fille en question (Martine, la narratrice) a passé depuis longtemps l’âge des détresses infantiles, puisqu’il s’agit d’une quadragénaire se réfugiant, après un ultime désastre dans le chaos de son existence, chez sa maman désormais septuagénaire. Ce retour au bercail renoue avec les formes d’une crise d’adolescence sur le tard – fumer, regarder des séries à la télévision et oublier d’indicibles blessures intérieures en restant alitée jour et nuit. Prostrée dans ce temps mort à la fois végétatif et extra-lucide, Martine se retrouve confrontée aux travers familiers de sa mère, ceux d’une bigote élevée chez les bonnes soeurs pendant l’Occupation. A force de cohabiter à l’étroit, les deux femmes rejouent en boucle l’ambivalence de leur rapport, entre consolation et récrimination, comme un remake décalé d’anciennes querelles fondatrices. Mais cette régression en miroir, apaisante à sa manière, va bientôt s’accompagner d’effets collatéraux : les tentatives de suicide de Martine jusqu’à son hospitalisation sous camisole chimique et thérapie intensive. Un tel retour à la case adolescence pourrait n’aboutir qu’à camper un banal psychodrame oedipien et exhumer le tas de petits secrets qui encombre chaque foyer. Mais la narratrice s’y soustrait obstinément. Elle gardera coüûte que coüûte ses problèmes pour elle, sans en rien révéler, ou presque. Face à l’injonction psychiatrique qui voudrait la faire parler, elle refuse de collaborer. Avec la même énergie combattante que Fritz Zorn dans Mars, cette lutte la conduira à dépasser la souffrance par ses propres moyens, une résistance mentale opposée frontalement à la conformité psychique et sociale du monde moderne. Au terme du roman, restera au lecteur à deviner, entre les lignes, les origines de sa douleur, cette violence qu’elle a subi dans sa vie d’avant, du temps où elle-même avait fondé une famille, été mère à son tour, mais contrainte un beau jour de fuir l’enfer conjugal et abandonner ses propres enfants.

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Noémi Lefebvre (fiche complète)